| Hommage à Pierre et Geneviève Le Berre |
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Retour sur le discours de Monsieur le Maire Mesdames et Messieurs, Monsieur le Préfet, qui vous demande de bien vouloir l’excuser et qui est représenté aujourd’hui par Monsieur de MANHEULLE, son directeur de Cabinet. Monsieur le Député, Mes chers amis et membres du conseil municipal de Berthecourt, Madame Le Berre, Nous sommes réunis en cette date particulièrement symbolique, marquante pour l’histoire de notre pays, afin de rendre hommage à deux personnalités hors du commun, c’est pourquoi j’ai tenu à ce qu’une trace tangible soit conservée de cette célébration. Je ne suis évidemment pas là pour discuter de « politique ». Ce n’est ni le lieu ni l’endroit. Cependant, permettez-moi de vous signifier, que pour moi, il existe une politique complètement inacceptable, intolérable, inqualifiable : c’est « la politique de l’oubli ». Ne pas se souvenir, c’est comme chercher son chemin en pleine Nuit et sans boussole. Les mots couchés sur le papier par Geneviève Le BERRE, tout comme les mots qu’elle peut offrir à son public, lors des conférences qu’elle tient, constituent un appel à l’insoumission républicaine, un appel à l’insurrection face à un ordre injuste, un nouvel appel (en somme), qu’elle vous dira « modeste », mais un nouvel appel quand même, en ce 18 juin 2010. Pierre, son époux qui nous a hélas quitté, aurait sans l’ombre d’un doute, joint son nom à cet appel. Passeurs d’espoir, passeurs de réfugiés, passeurs de combattants, passeurs de résistants. Monsieur et Madame Le Berre ont incarné tous ces rôles, et même plus. Ils savaient. Ils savaient qu’un enfant de sauvé, et c’est l’espoir qui renaît. Ils savaient qu’un soldat allié que l’on dissimule aux puissances occupantes, et c’est l’espoir qui vit. Ils savaient enfin, qu’un résistant à qui l’on fait passer la frontière avec l’Espagne, et c’est l’espoir d’une victoire qui se profile enfin. Car les guerres ne sont jamais gagnées par personne, ce sont toujours les peuples qui les perdent. Plusieurs études ont montré que les femmes ont représenté 12 à 15 % des effectifs résistants. Elles étaient actives dans les réseaux d’évasion où elles constituaient un bon alibi pour les personnes convoyées comme dans le cas de Geneviève Le Berre, qui faisait partie du « réseau Bourgogne ». Devenue « Jacqueline », son pseudo de résistante, Madame Le Berre est entrée dans ce réseau le 1er septembre 1943. Elle a aussitôt été spécialisée dans le convoyage des aviateurs alliés. Elle a également assuré plusieurs liaisons à Lyon et dans le sud de la France, soit pour assurer des départs, soit pour transmettre des ordres. Elle se rendait pareillement en Bretagne pour ramener, sur Paris, des combattants parachutés. Enfin, elle assumait la responsabilité de liaisons entre Paris et sa banlieue. Pierre et Geneviève Berre font partie des volontaires qui vont former ce réseau chargé de convoyer, vers l’Espagne, les aviateurs alliés abattus en France, ainsi que des évadés Français. Le transport en train de ces hommes accompagnés de leurs convoyeurs, démarrait au « Jardin des Plantes » à Paris, lieu de rendez-vous avant la gare d’Austerlitz. Imaginons un instant la scène, en une période où toutes les infamies, toutes bassesses, toutes les compromissions, étaient possibles et même encouragées. Ces trains étaient extrêmement surveillés, et jusqu’aux villes de Pau, Foi, et Perpignan, les risques pendant le trajet étaient innombrables, pratiquement à chaque gare traversée. Et la mission de Pierre et Geneviève Le Berre ne s’arrêtait pas là. Il restait encore à faire franchir les Pyrénées à ces hommes, souvent exténués, au milieu de sentiers rocailleux qui s’effritaient sous leurs pas, afin de parvenir en Andorre puis en Espagne. Ensuite, leur périple, de Gibraltar à l’Angleterre, durait 6 à 8 semaines. Sous la menace de l’occupant et la traque menée par « les collaborateurs ». Je me souviens. Non que j’ai connu cette terrible et douloureuse période, une période faite de bruit et de fureur, de cris, de larmes et de sang pour toutes les Nations engagées dans ce conflit. Fort heureusement, je ne l’ai pas vécue. Mais je me souviens de cette période, certes grâce à ce que me racontaient mes parents et mes grands-parents, grâce à l’instruction que j’ai reçue, mais aussi et surtout parce que par votre présence, Mesdames, Messieurs, aujourd’hui vous témoignez. Et votre silence, votre attention, votre intérêt pour cette cérémonie, sont éloquents. Je me souviens grâce aux ouvrages écrits par Mme Le Berre et aux longues heures pendant lesquelles elle arpente encore, écoles, collèges, lycées, salles de presse, afin de passer le relais de sa parole, de transmettre le témoin aux générations futures, celles qui auront des choix fondamentaux à faire pour l’avenir de notre pays. Grâce à Vous, grâce à la mémoire de Pierre et Geneviève le Berre, oui, je me souviens, et mes enfants aussi se souviendront, et leurs enfants à leur tour raconteront notre histoire à leurs propres enfants. La flamme de la résistance ne s’éteindra pas. Les époux Le Berre ont fait montre d’un comportement, d’une attitude exemplaire, digne, hautement respectable. Ils ont d’abord résisté à des idées tenaces, bien ancrées dans l’esprit des peuples européens vaincus en 1940 : la fatalité, l’injustice, l’abattement, l’ignominie, le défaitisme, le renoncement, la démission. Contre l’avilissement de nos chaires et de nos cœurs couverts de plaies (béantes), contre les petites lâchetés du quotidien, et contre les dénonciations massives, ils ont prononcé un simple mot, qui tient en trois lettres : NON. On peut toujours se dire que les gens, à l’époque, dans l’espèce d’étourdissement qui les avait frappé après la défaite, les gens ne savaient pas ou ne savaient pas bien ce qui se passait : les camps de concentration et d’extermination, la solution finale, les exécutions sommaires. Pierre et Geneviève Le Berre, eux, savaient. Et ils savaient aussi ce qu’ils risquaient s’ils étaient faits prisonniers : la mort, brutale, froide, après des journées de tortures pour leur soutirer des renseignements vitaux pour les réseaux de résistance en France et à l’Etranger. Et ils l’ont fait, malgré tout : mettre leur vie en péril, mettre leur vie entre les mains d’un destin capricieux, croiser la route d’autres résistants, afin de faire grandir ce dessein immense, celui d’une France libre. Pierre Le Berre, jeune et impétueux breton monté à Paris, prend le chemin de la résistance dès le Lycée où il distribue des journaux et des tracts bravant l’autorité de l’occupant nazi. Avec quelques camarades, il crée le mouvement « les Volontaires de la Liberté ». Des sections de ce mouvement naissent alors en province. Tant et si bien qu’à partir de 1943, des « cellules » organisées, disciplinées, et efficaces, s’apprêtent sur l’ensemble du territoire français. Déjà à l’époque, et comme Geneviève Le Berre, c’est par la parole, relayée sous la forme de bulletins et de journaux clandestins, que Pierre Le Berre et son organisation déstabilisent l’ennemi. Fin décembre 1943, cet homme d’exception est convoqué à Paris dans le but de rejoindre le « réseau Bourgogne ». C’est là qu’il rencontre celle qui allait partager sa vie jusqu’à son dernier souffle, en 2003 : Madame Le Berre. C’est là également qu’il débute réellement son activité au sein de la Résistance, fin janvier 1944. Cette activité ne cessera pas. Tour à tour, chargé de liaison avec la Bretagne, spécialisé dans le transport de fonds, de plis, et la communication de directives ; puis, responsable de la prospection à l’intérieur de la région de Quimper, il tentera avec d’autres, d’établir des départs par mer. Au cours de cette même séquence temporelle, le convoyage lui sera aussi confié. Aux côtés de sa future épouse, il assurera pratiquement tous les départs sur la ligne de Pau. Pierre Le Berre, corps et âme, a été un résistant jusqu’au terme de son existence, celles et ceux qui ont eu la chance, qui ont reçu l’infime honneur de le rencontrer, le savent bien. Je veux parler aussi des habitants LEBERRE, de leur très grande humanité, de leur extrême gentillesse, de leur engagement dans la vie locale et de leur propension à aider leurs semblables sans distinction ethnique, de confession ou de milieu social. Je le dis aujourd’hui, je le réaffirme, solennellement : la flamme qui brûle dans nos cœurs, quand nous pensons, avec émotion, à Geneviève et Pierre Le Berre, et à tous les anonymes qui ont combattu si vaillamment l’ennemi, cette flamme, désormais, ne s’éteindra jamais.
Laurent SERRUYS, Maire de BERTHECOURT |






